jeudi 17 mars 2011

My Brightest Diamond, la libellule et le cheval de trait (Shara Worden 4/4)


Il faut, pour conclure et justifier ce cycle de brefs billets consacrés à Shara Worden, revenir à l'origine, à la découverte de son univers. A l'origine de ma curiosité, avant qu'il y ait la musique, il y eut une image, la photo qui orne la pochette de Bring Me the Workhorse. Où on voit la tête de l'artiste derrière un cheval, qu'on suppose de trait, en accord avec le titre de l'album, sa main lui caressant l'encolure. Cette simple image m'a attiré, le poil luisant de l'animal, le contraste avec la peau claire de Shara Worden, renforcé par le fond noir, m'ont donné envie de découvrir ce qui cela pouvait bien dissimuler comme musique.


Cette musique se crée à partir d'une voix lyrique pour laquelle des cordes tissent un écrin délicat. Mais jamais on n'y sombre dans le soyeux, toujours on reste dans la tension, la sècheresse. La batterie rappelle que c'est peut-être aussi un disque de rock. La guitare électrique également. Leur accord a un effet vivifiant, comme de se plonger sous une cascade d'eau glacée. Si c'était un plat, il n'y aurait probablement pas une goutte de graisse, à peine une larme de sucre, peut-être pas d'épices mais des arômes forts.

A sa sortie, My Brightest Diamond avait été comparé à Antony & The Johnsons et Jeff Buckley. Comme chez ces autres artistes, la voix tient un rôle essentiel dans sa musique. Mais comme ce n'est pas le règne de la fantaisie et que ce n'est pas la légèreté qui préside au travail de Shara Worden, toujours nous sommes à deux doigts de tomber dans le pathos. Les critiques, que ce soit celles des Inrocks ou de Pitchfork, avaient souligné ce risque. Toujours, l'exercice funambule est à deux doigts de perdre l'équilibre pour tomber dans l'emphase, le pompier, être un peu trop over-the-top, à manquer de subtilité, se prendre trop au sérieux.

Shara Worden connaît les risques. Musicienne accomplie, chanteuse lyrique au solide bagage, elle trace sa voie et My Brightest Diamond lui permet de concilier sa formation classique à la tension du rock. Sa musique est tout sauf neutre, ambitieuse et brillante.

A vrai dire, il y a surtout deux morceaux que j'apprécie particulièrement sur ce premier album. "Gone Away" où, histoire de boucler la boucle avec le premier volet de notre cycle dédié à Shara Worden, on pourrait déceler un thème "pénélopien", l'absence de l'aimé, parti sans même laisser un mot, et "Dragonfly" dont a été tiré le clip ci-dessous. La chanson la plus légère de l'album, où une libellule prisonnière d'une toile d'araignée lui demande de la libérer pour s'envoler au loin avec elle. On dira ce qu'on veut, c'est quand même assez sublime...


My Brightest Diamond, Bring Me The Workhorse (Asthmatic Kitty, 2006)

La critique de l'album sur Pitchfork, celle de l'album suivant A Thousand Shark's Teeth sur Les Inrocks...

1 commentaire:

  1. Si je puis me permettre, je crois plutôt que Gone away traite de la mort d'un être cher plutôt que le départ d'un potentiel amoureux...

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